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Lorsqu’un enfant rencontre une difficulté, notre premier réflexe est souvent de chercher ce qu’il faudrait lui apprendre.
Mieux s’habiller.
Mieux écrire.
Mieux gérer ses émotions.
Mieux écouter.
Mieux jouer avec les autres.
Cette façon de voir est naturelle. Nous observons une compétence qui fait défaut et nous cherchons à la développer.
Mais si nous changions de perspective ?
Et si, avant de nous demander comment enseigner une compétence, nous nous demandions ce qui permet à cette compétence d’émerger ?
Le développement ne consiste pas à empiler des apprentissages.
Il se construit progressivement à travers des milliers d’expériences vécues par l’enfant.
Chaque mouvement, chaque sensation, chaque interaction, chaque jeu, chaque exploration contribue à organiser son cerveau.
Prenons un exemple.
Un parent lance doucement un ballon à son enfant.
À première vue, l’enfant apprend simplement à l’attraper.
Mais en réalité, son cerveau construit bien davantage.
Il apprend à suivre le ballon du regard, à anticiper sa trajectoire, à ajuster la position de son corps, à coordonner ses deux mains, à doser sa force, à maintenir son équilibre, à adapter son geste au bon moment. Il apprend aussi à gérer la surprise, à tolérer l’erreur lorsqu’il laisse tomber le ballon et, si l’adulte l’encourage sans le mettre en échec, à prendre confiance pour essayer à nouveau.
Une seule expérience mobilise ainsi des dimensions sensorielles, motrices, attentionnelles, émotionnelles et relationnelles.
Le cerveau ne construit pas des compétences isolées. Il construit des réseaux à partir des expériences que l’enfant peut vivre, intégrer et répéter.
On compare parfois le développement à la construction d’une maison.
Nous remarquons surtout les fenêtres, les murs ou le toit : ce sont les compétences visibles.
Mais la solidité de la maison dépend surtout de ses fondations.
Pour un enfant, ces fondations se construisent notamment grâce :
Ces expériences permettent progressivement au cerveau d’organiser les informations qu’il reçoit, de développer son autorégulation, sa capacité d’attention, sa confiance pour explorer et, peu à peu, de soutenir des apprentissages toujours plus complexes.
Si un arbre pousse de travers, nous ne redressons pas simplement ses branches.
Nous regardons aussi les racines, la qualité du sol, la lumière, l’eau, les conditions dans lesquelles il grandit.
Il en va de même pour le développement d’un enfant.
Une difficulté n’est pas seulement un comportement à corriger ni une compétence à entraîner.
Elle raconte souvent quelque chose de l’histoire développementale de l’enfant.
Quelles expériences ont nourri son développement ?
Lesquelles ont été insuffisantes ?
Quelles conditions ont soutenu ses apprentissages ?
Quelles autres auraient pu l’aider davantage ?
Se poser ces questions ne revient pas à nier l’existence d’un trouble du neurodéveloppement, d’un handicap ou d’un diagnostic.
Cela permet d’élargir notre regard.
Un diagnostic décrit certaines caractéristiques du fonctionnement d’un enfant.
L’histoire développementale nous aide à comprendre comment ce fonctionnement s’est construit et quelles expériences peuvent aujourd’hui continuer à soutenir son développement.
Lorsqu’on commence à regarder le développement de cette façon, une difficulté n’apparaît plus seulement comme quelque chose à faire disparaître.
Elle devient une invitation à mieux comprendre les besoins de l’enfant et les expériences qui pourront soutenir ses prochaines étapes de développement.
Car le développement ne consiste pas uniquement à acquérir des compétences.
Il consiste à construire, progressivement, la capacité d’entrer en relation avec son corps, avec les autres et avec le monde qui l’entoure.
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